Avertir le modérateur

18/11/2007

La politique des achats durables dans les entreprises

La politique des achats durables dans les entreprises

Cet exposé est réalisé par un groupe d'étudiants du M2 Comex Option Monde.

L'introduction et partie I sont réalisées par Sofia Zusman

La partie II est réalisée par Luisa Castro

La partie III est réalisée par Nabil Ben Ammar

 

L'introduction et la partie I écrites par Sofia Zusman ont servi de base pour notre principale Analyse et synthèse. Les parties écrites par Luisa Castro et Nabil Ben Ammar qui ne font pas partie de créateurs de ce blog n'ont pas été prises en compte pour la rédaction de notre Analyse. 

Introduction 
En guise d’introduction, nous aimerions d’abord expliquer, pourquoi nous nous sommes intéressé à ce sujet particulier parmi tant d’autres qui ont trait à la responsabilité sociale de l’entreprise ?
Avant tout, parce que les achats sont devenus, depuis une bonne quinzaine d’années, une fonction stratégique au sein des entreprises. L’avènement de la globalisation et de l’ère d’externalisation ont eu comme conséquence indirecte l’élargissement des responsabilités de la fonction achats au sein des sociétés. Effectivement, dans un contexte de concurrence aigue entre les entreprises du monde entier l’amélioration de la compétitivité des entreprises dépend en grande partie des économies d’achats, des diminutions du coût total d’acquisition, de la maîtrise parfaite de la qualité achetée.

S’il ne fallait donner qu’un chiffre pour témoigner du poids des achats dans la compétitivité de l’entreprise, ça sera le chiffre suivant : aujourd’hui en Europe, le montant total des achats réalisés par les entreprises représente en moyenne 65 % de leurs chiffres d’affaires allant de 10 % dans les services jusqu’à 90 % dans la grande distribution.

On se rend compte, donc, que de par l’importante de leurs activités, les acheteurs peuvent exercer une grande influence sur les modes de production et de consommation pour les orienter vers ceux qui comportent le moins de risques sanitaires et environnementaux possible et ceux qui assurent la protection effective des droits de l’homme et des droits des salariés.

I. Achats durables : précisions terminologiques, achats marchands et non marchands, axes de l’intégration de la RSE.

I.1 Achats durables : précisions terminologiques.

La définition la plus large détermine l’achat durable comme un  achat  - d'un  produit ou  d'un  service  -  qui  est plus  respectueux  de  l’environnement,  des  lois  sociales  et  de  l’éthique. On aperçoit tout de suite l’émergence, dans la définition, des 3 sphères de la responsabilité sociale des entreprises : l’environnemental, le social et le sociétal. L’existence de ces 3 univers parallèles a donné naissance à de multiples termes parmi lesquels « les achats durables », « les achats responsables », « les achats verts », « les achats éthiques », « les achats écologiques ou éco-responsables » ou, encore, « les achats solidaires ». Est-ce la même chose ? Ces termes, désignent-ils tous le même phénomène ou bien il existe des divergences et si oui, lesquelles ?

Le premier groupe de termes est représenté par le terme « achats durables » dérivé du concept de développement durable et le terme « achats responsables » dérivé du concept de la responsabilité sociale de l’entreprise. Les deux recouvrent la même réalité et se réfèrent à l’ensemble des formes d’intégration de la RSE dans l’activité de la fonction achats dans les entreprises.

Ensuite, on peut parler des achats verts ou encore des achats éco-responsables. Il s’agit d’ « une démarche d’achats plus respectueuse de l’environnement…[qui] consiste à sélectionner des approvisionnements aux impacts les moins importants sur l’environnement ».[1]

Le terme « achats verts » renvoie généralement à l’achat des fournitures. Il s’agit pour un acheteur de choisir les produits qui, tout au long de leur cycle de vie, ont l’impact environnemental le moins important. L’achat vert doit s’efforcer d’être recyclable, biodégradable, conçu avec un emballage minimal. Dans la pratique, il peut s’agir des achats du papier recyclé pour les besoins de l’entreprise ou bien de l’approvisionnement de la cantine en produits alimentaires issus de l’agriculture biologique.

Le terme « achats éco-responsables » englobe la totalité des achats respectueux de l’environnement, il peut s’agir des fournitures, des travaux et même des services : l’imposition à la société externe de nettoyage des produits d’entretien écologiques en est un bon exemple.

A son tour, le terme « achats équitables » nous renvoie à l’univers du commerce équitable et désigne, donc, l’achat promettant une juste rémunération aux petits producteurs issus des pays les moins avancés du monde.

Les « achats solidaires » ont trait à une autre forme du commerce alternatif et concernent les produits « fabriqués par des associations d’insertion professionnelle, des personnes à mobilité réduite ou des jeunes en réinsertion… ou des produits dont une partie de ventes est reversée à des associations d’environnement ou de solidarités ».[2]

Finalement, les « achats éthiques » se réfèrent au respect des droits de l’homme dans le processus des achats. « Acheter éthique, c’est acheter des produits ou des services produits dans le respect des droits sociaux fondamentaux définis par les conventions de l’Organisation Internationale du Travail »[3], tels que

-         le droit à l’association et à la négociation collective

-         l’élimination du travail forcé

-         l’interdiction du travail des enfants et le respect de l’âge minimum d’accès au travail

-         le respect des règles de sécurité et de santé sur le lieu de travail

-         le respect du salaire minimum et de la rémunération des heures supplémentaires.

 

I.2 Deux types d’achats : marchands et non-marchands.

La plupart du temps on assimile l’activité de la fonction achats dans une entreprise à des achats marchands, c’est-à-dire ceux destinés à être revendus à l’identique ou après transformation. L’intégration de la démarche RSE dans la fonction achats des entreprises a débuté avec les achats marchands parce que les grandes entreprises sont souvent sujettes aux critiques des ONG quant à leurs modes de production dans les pays pauvres. Donc, les impératifs de la RSE ont d’abord été intégrés dans les achats marchands dans une logique réactive pour éviter le ternissement de l’image et les critiques de la part des différentes parties prenantes.

Quant aux achats non-marchands, c'est-à-dire ceux qui ne rentrent pas dans l’offre de produits ou services proposés aux clients, ils échappent, pour la plupart du temps, à la critique extérieure et ne sont pas des vecteurs d’image de l’entreprise. De ce fait, l’intégration des impératifs de la RSE aux achats non marchands se présente, donc, comme un signe effectif de l’engagement de l’entreprise dans une démarche écologiquement et socialement responsable.

 

I.3 Deux axes de l’intégration de la RSE dans la fonction achats.

Il existe, effectivement, 2 grands axes d’intégration de la RSE dans la fonction achats : par produit et par fournisseur.

L’approche produit vise à sélectionner les produits plus respectueux de l’environnement et des lois sociales.

L’approche fournisseur vise à sélectionner les nouveaux fournisseurs en fonction des critères de la RSE et d’entraîner d’anciens fournisseurs dans une démarche plus responsable. Comme en atteste la première vague de rapports établis au titre de la loi NRE, la sous-traitance reste le point faible et le sujet le plus difficilement intégrable dans une démarche RSE compte tenu des caractéristiques socio-économiques de la plupart des pays à bas salaires où beaucoup d’entreprises ont externalisé leurs activités de production et d’assemblage. 

Cela est la conception traditionnelle de l’approche fournisseur, or, un autre problème suscite de plus en plus d’intérêt dans le cadre de cette approche. Est-ce qu’une démarche commerciale respectueuse du fournisseur fait partie de la RSE ? Je m’explique : tout le monde est au courant des relations difficiles entre la grande distribution et ses fournisseurs, une multitude de PMEs nationales ou régionales qui se voient obligées de réduire au maximum leurs marges pour remporter le marché et être présents sur les linéaires de la grande distribution qui représente souvent les ¾ de leur chiffre d’affaires ?

La bible des acheteurs de Carrefour qui s’appliquait à la lettre dans les années 90 préconisait, par exemple, « Ne jamais être enthousiaste avec un fournisseur, réagir négativement à la première offre, ne pas faire de concessions sans contrepartie » ou encore « demander l’impossible, se répartir les rôles en commission en bons et méchants, répéter sans arrêt les mêmes objections comme un disque rayé, ne pas hésiter à utiliser des faux prétextes, ne jamais oublié d’obtenir un maximum d’informations sur la personnalité et les besoins de nos interlocuteurs… ». Une technique des enchères inversées a été mise en place qui consistait à choisir le fournisseur qui propose le prix le moins bas. Cette politique fragilise le tissu des PMEs qui ne sont plus capables de répondre aux exigences des grands groupes.

Donc, on voit bien que dans la situation économique où le résultat des négociations est souvent connu à l’avance à cause d’un rapport de forces disproportionné, mettre en place une démarche des achats responsables, c’est également revoir sa stratégie de relations avec ses fournisseurs nationaux en instaurant des relations win-win où les deux parties trouvent leur compte.

 

II. Intégration des Critères de Développement Durable dans la Fonction Achats

Concilier les contraintes managériales et économiques avec les différentes thématiques du développement durable est une problématique majeure. Notamment, pour les entreprises désirant associer ce concept à leurs activités.

Ainsi, elles sont amenées à réfléchir et à évaluer l’impact du développement durable sur leurs activités :

·             Quels sont mes bénéfices en tant que client du développement durable ?

·             Quels seront les efforts à produire et pour quel résultat final?

·             Comment mesurer ces contributions au niveau économique ?

·             Quelles sont les stratégies possibles ?[4]

 

II.1 Application d’une politique d’achats durables dans l’entreprise

L’application du développement durable aux achats oblige à faire des ajustements et à développer des nouveaux outils de travail.  Cependant, pour une entreprise qui a mis en place un processus de qualité, cette intégration ne modifie pas en profondeur la façon de travailler des achats.  En effet, le développement durable peut s’intégrer à chaque étape du processus d’achats.

Tout d’abord, l’entreprise doit intégrer à l’élaboration du cahier de charges, des critères sociaux et environnementaux.  Ainsi que la dimension environnementale dès la définition et la conception du besoin.

Puis, pendant la recherche et la sélection de fournisseurs, l’entreprise doit informer ces derniers sur sa charte de développement durable et les évaluer par le biais de questionnaires ou par des audits.  L’entreprise doit prendre en compte la composante du développement durable dans la conduite des fournisseurs et dans le choix final. 

Avant des signer les contrats, les responsables de cette section sont amenés à intégrer les clauses spécifiques sur le développement durable.  Ensuite ils doivent annexer la charte de développement durable aux achats. 

En définitive, l’entreprise doit assurer le suivi du fournisseur.  Pour cela, elle doit intégrer des critères du développement durable dans les audits de qualité.  Parallèlement, elle doit mener des audits environnementaux et sociaux, ainsi que proposer des mesures d’accompagnement à ses fournisseurs. 

Néanmoins,  ce ne sont que des outils et des moyens qui, mal mis en œuvre, ne peuvent aboutir à une intégration réussie du développement durable aux achats. 

En effet, un nombre important d’entreprises utilisent le concept des achats durables comme un outil de communication.  Ainsi, ces entreprises publient une charte et élaborent des questionnaires, alors qu’elles n’ont pas intégré opérationnellement le développement durable  aux achats.  C’est pourquoi il est difficile de dire que ces entreprises ont véritablement modifié leurs pratiques d’achats.

Pour que l’intégration du développement durable dans la fonction achats soit réussie, l’entreprise doit élaborer une stratégie partagée par toutes les parties prenantes.  De sorte qu’elle soit créatrice de valeur ou que permette à l’entreprise de prévenir un risque d’image.  L’acheteur doit sensibiliser les différents acteurs (fournisseurs, clients…) à la logique du développement durable. Egalement, il est recommandé de s’appuyer sur des normes et des labels.  En effet, cela permet à l’entreprise de crédibiliser sa démarche et d’ajouter des outils simples pour structurer le travail des acheteurs. 

De même, le partage de savoir et d’expériences avec d’autres entreprises ou organismes permet de trouver des solutions, réduire le coût de recherche d’information, et augmenter le pouvoir vis-à-vis du fournisseur sur les conditions sociales et environnementales.  Par exemple, le secteur de la grande distribution en France a lancé en 1998 « l’Initiative Clause Sociale ».  Il s’agit d’une politique d’audits sociaux, que leur permet de se partager l’information sur les fournisseurs et producteurs, qui sont souvent communs entre les enseignes de grande distribution[5].

 

II.2 Quel est l’intérêt pour l’entreprise ?

Les principales raisons pour lesquelles une entreprise est amenée à intégrer le développement durable dans sa stratégie d’achats sont les contraintes externes et des opportunités au sein de leur activité. 

Les nouvelles réglementations environnementales et sociales (Article 116 de la Loi NRE : loi sur les Nouvelles Régulations Économiques) et les initiatives volontaires internationales (Global Reporting Initiative) incitent les entreprises à prendre en compte le développement durable dans leur fonction d’achats.  Cela coïncide parfaitement avec la définition de la RSE  donné par la Commission Européenne: « Être socialement responsable signifie non seulement satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables mais aller au-delà et investir d’avantage dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes.  Cette responsabilité suppose l’intégration volontaire par les entreprises des préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leur relation avec leurs parties prenantes »[6].  Par ailleurs, les entreprises cherchent à prévenir les risques liés à leur image, qui peuvent mettre en danger leur pérennité.  Ainsi, une stratégie de développement durable intégrée aux achats permet aux entreprises d’éviter les scandales liés à cette activité.  Notamment, les risques sanitaires (effet des produits sur la santé), sociales (les conditions de travail), et environnementales (impact du produit et du fournisseur sur l’environnement).

Les entreprises cherchent par cette prise en compte du développement durable dans leurs achats, des nouvelles opportunités. 

Le développement durable appliqué aux achats devient un argument concurrentiel pour augmenter les parts de marché d’une entreprise. En effet, c’est un moyen de se démarquer de la concurrence et de repositionner leur cœur de métier. Cependant, la stratégie de développement durable intégrée aux achats doit s’inscrire à une politique globale d’entreprise (logique de création de valeur sur le long terme).

Par ailleurs, cette intégration est une source supplémentaire d’économie directe et de stabilité dans la relation avec les fournisseurs.

 

II.3 Quels sont les inconvénients et les freins ?

L’accélération de la mondialisation inscrit les entreprises dans une logique de délocalisation et/ou de sous-traitance ce qui rend beaucoup plus difficile à gérer et à surveiller les fournisseurs. En effet, il devient complexe de concilier les impératifs économiques d’une entreprise locale en Chine ou en Inde, avec les exigences d’une entreprise engagée dans une démarche responsable.  De plus, il faut faire face à des problématiques comme l’éthique du travail, le respect pour l’environnement, la qualité des conditions de travail et le dialogue social.  De sorte qu’il faut tenir en compte les différentes lois, cultures, et points de vue dans les autres pays.  

Parallèlement, l’entreprise doit sensibiliser et impliquer ses clients (consommateurs) dont la but est de trouver les meilleurs prix, la meilleure qualité et les meilleurs délais.  Contradictoire avec une démarche responsable. 

De plus, l’entreprise doit former les acheteurs à une dimension sociale, gérer le travail supplémentaire et assumer le coût des audits sociaux et environnementaux  (qui ne sont pas négligeables).

Il faut aussi que l’entreprise anticipe le temps nécessaire à la mise en place d’une démarche concrète chez les fournisseurs.

En définitive, il est difficile pour une entreprise de concilier sa démarche de développement durable avec des actionnaires de plus en plus pressés d’avoir une rentabilité dans le court terme.  En effet, les bénéfices d’une politique d’achats durables ne peuvent pas s’évaluer immédiatement.  On s’inscrit ici dans une démarche qualitative, qui apporte ses fruits à terme. 

A présent, les entreprises avancent prudemment sur le sujet d’achats durables. Ainsi, il y a relativement peu d’entreprises qui ont déployé le développement durable de façon opérationnelle à leurs activités d’achats. 

 

III. Analyse critique :

III.1 L’achat responsable à l’intérieur de l’enclos privé :

Les présentations précédentes ont eu l’utilité d’exposer les cadres théoriques et de l’utopie pratique que peut engendrer l’intégration des valeurs responsables aux pratiques d’achats.

Théoriquement, adhérer, pour une entreprise, à un processus tenant des principes de la RSE, c’est promouvoir le respect d’un certain équilibre entre les parties prenantes à un projet donné. Le but premier étant d’en faire un moteur  de rattrapage économique et social, pour les démunis et les laissés pour compte, avec en filigrane, la conservation et la protection de l’environnement. Ce qui en découlerait, toujours en théorie, est une connivence entre les parties prenantes au même but, et qui, dans une société de communication, prouverait le bon sens et la bonne volonté de chaque entité participant au projet. Or, la pratique démontre une réalité quasi contraire. La tendance est au marketing et à la projection d’images assez larges et brillantes pour dissimuler des actes incohérents.

En effet, il est à croire que la souscription à des valeurs de la RSE se matérialise le plus souvent dans le sens inverse de la théorie. Ce ne sont plus les résultats des actions volontaires, en aval, qui véhiculent les images de responsabilité, mais il semblerait que seule l’adhésion, en amont, est susceptible de prouver les pratiques éthiques et responsables des entreprises.

Sur ce tableau, on peut accrocher l’exemple de « Max Havelaar ». Dans un article paru dans le « Monde Diplomatique » du mois de septembre, une dénonciation est faite de l’ambiguïté du commerce équitable. En résumé il est fait état du rapprochement de l’association « Max Havelaar » de certaines entreprises dont les pratiques sociales sont loin d’être des exemples.

Dans cette optique, la pratique des achats responsables, se pose sur deux niveaux : les plateformes d’achats ou les acheteurs de professions et les consommateurs ordinaires.

Le premier volet explore et montre l’aspect mercantile et concurrentiel. Le rapprochement de la marque Max Havelaar de certaines grandes entreprises a induit un effet contraire aux principes de base de la marque. Les petits producteurs sélectionnés et subventionnés par la marque sont désormais sur le palier du marché concurrentiel et en proie aux pressions de grands acheteurs dont les produits en distribution porteront le logo « Max Havelaar ». La pratique est telle que, pour le café, les prix à la livre sont imposés par FLO – Max Havelaar quel que soit le prix proposé au consommateur final. Les grands groupes s’engagent à payer ce prix minimum aux producteurs sans s’engager sur les volumes. Par la suite, leurs déclarations de « pratiques responsables » engendrent des profits substantiels sur les cours du marché mondial.

Du point de vue du consommateur final, un produit estampillé  « Max Havelaar » joue le rôle de réconfort de conscience. Payer plus cher en croyant en la bonne répartition des marges entre les différentes parties prenantes. Ces rémunérations perçues par des petits paysans, dans la filière du coton malien par exemple, sont désormais fixées par le marché où opèrent de puissants groupes financiers ou agroalimentaires, qui opposent ces mêmes rémunérations « équitables » aux dividendes de leurs actionnaires.

Ces pratiques témoignent d’une certaine instrumentalisation du commerce équitable. Un outil marketing mettant le voile sur des enjeux économiques dépassant l’utopie de la RSE.

L’affaire du coton malien remet en cause la crédibilité éthique de la marque Max Havelaar, en sachant les résolutions lucratives de la culture d’OGM par la transnationale Dargis.

Que dire du café équitable Max Havelaar servi chez McDonald’s dont les pratiques sociales sont  présentées comme violentes.

Ceci est pour dire que les considérations portant sur des pratiques d’achat responsable peuvent être corrompues par des maquillages éthiques, dont la pseudo-garantie (Max Havelaar) semble y être incorporée. L’intitulé « à l’intérieur de l’enclos privé » pense à démontrer en premier lieu, les activités internes au processus d’achat des entreprises. C'est-à-dire, que les enseignements de la RSE doivent porter d’abord sur nos propres pratiques avant d’envisager un débordement ou « externalité » sur les autres parties prenantes.

 

III.2 Par delà les intérêts propres :

Cette rubrique cherche à retracer les impacts que peut produire une entreprise par son non respect des pratiques de la RSE au sein de son activité d’achat.

Suivant des considérations microéconomiques, une entreprise produit des externalités négatives ou positives :

- Externalités négatives : lors de son processus d’achat, l’entreprise, de par son poids de négociation, peut éliminer des fournisseurs potentiels en pratiquant des exigences tarifaires d’entrée. Ces pressions exercées, comme en témoigne les recommandations aux acheteurs de Carrefour mentionnées plus haut, tendent à faire abstraction des notions de développement durable. Cet exemple se recoupe avec celui des producteurs de coton ou de café qui se retrouvent confrontés aux exigences du marché majorées du pouvoir de négociation des grands groupes. Ces fournisseurs subissent de plein fouet les forces concurrentielles exposées par le modèle de Porter. Une application de bas prix parait nécessaire pour décrocher des contrats, souvent aux dépends de la promotion des valeurs de développement économique et social.

Toujours dans ce contexte, les externalités négatives peuvent être aussi environnementales et sociales. L’exemple de Firestone et l’exploitation de caoutchouc au Libéria. De forts désastres écologiques avec la contamination des eaux. La propagation de maladies et de déformations physiques chez les travailleurs autant que chez les riverains. Mais aussi des conditions de travail esclavagistes sur un fond de connivence politique. Firestone étant le plus grand employeur du pays.

- Externalités positives : Avec la forte mondialisation et les externalisations vers les pays à bas salaires, les entreprises importatrices commandent de plus en plus des audits en matière de qualité des produits commandés. Comme en témoigne la conférence tenue par M. Alexandre Godvin du cabinet Asia Quality Management, exerçant en Chine, en Inde et au Bangladesh, son activité est amenée à perdurer aussi longtemps que des déficits de qualité de produit et de conditions de travail seront à reporter. Par extrapolation, cette activité peut faire office de catalyseur pour la promotion des valeurs de la RSE. L’achat responsable intervient donc dans la sollicitation des entreprises acheteuses de l’intervention de tels cabinets pour la notification de certains problèmes relatifs à la production des produits convoités :

- déficit de qualité : moteur d’amélioration du savoir faire et du développement des techniques et de l’organisation du travail

- Conditions de travail : l’obligation de l’exercice de pratiques sociales conformes aux renseignements de la RSE. (Sécurité, temps de travail…)

 Sur un plan légal, les achats responsables sont susceptibles d’être promus par des législations appliquées dans un pays sur un autre. L’exemple de la TVA sociale tient à amortir le déficit des charges sociales dans les prix des produits importés de pays à bas salaires. En effet, cette surtaxe aurait comme effet d’influer sur les pratiques sociales des pays de fabrications. Mais ceci peut créer aussi un effet d’éviction sur les entreprises qui avaient délocalisé leurs activités dans ces pays. Le risque, à moyen terme, est que la possible amélioration des conditions de travail et de rémunération se transforme en frein au développement économique par le désengagement des exploitants en direction d’autres pays encore exempts de ces révolutions sociales. L’espoir est que, à plus long terme, ces barrières tarifaires poussent au relèvement des niveaux sociaux des pays du sud.

 

Conclusion. 

En définitive, l’achat responsable peut être un moteur au développement des pratiques de la RSE. Comme démontré plus haut, il peut avoir des formes enfouies ou détournées. Il peut englober le processus de recherche de la qualité, il peut être accompagné par des législations restrictives, au premier abord, mais motrices pour ce qui est du développement social. Mais l’achat responsable, peut n’être qu’un voile publicitaire à des pratiques moins louables en matières de développement économique ou humain.



[1] Achats et développement durable : Enjeux, méthodologies et initiatives. AFNOR. 2005. P. 171

[2] Achats et développement durable : Enjeux, méthodologies et initiatives. AFNOR. 2005. P. 171

[3] http://www.marchespublics.net/actualite/edito.php?id=203

 

[4] Le développement durable, quels enjeux pour les PME ? P. 6. T. Vincent, 2005.

 

[5] Cours d’entreprise et développement durable.  Ch. 3 La RSE en pratique. B. Boidin, 2007. 

 

[6] Cours d’entreprise et développement durable.  Ch. 1. Que signifie la RSE. B. Boidin, 2007.

 

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu